Textes
Jacques Lardoux sur l’evenement “Composite”
Abdellatif Moustad et son collectif d'artistes ont créé en éphémère Composite, une scénographie mêlant musique, danse, sculptures et images, le jeudi 22 mars 2007 à 20 h 3O au Centre Cerise, 46 rue Montorgueil à Paris dans le 2 è arrondissement.
Salle comble. Le public, comme pour les mises en scène de Patrice Chéreau est impliqué physiquement dans la représentation d'autant qu'il se trouve entouré d'énigmatiques sculptures de bois faites pour l'essentiel à partir de calebasses et de marteaux de pianos. Au centre de la salle, toute une suite de tabouret de piano sont disposés de telles sorte qu'ils libèrent autour d'eux une sorte de déambulatoire. La symbolique solaire et de fécondité de la calebasse est connue, elle nous vient plus particulièrement des Dogons d'Afrique de l'Ouest1.
Silence et pénombre, recueillement déjà. Au fond, assis à même le sol, un musicien sahélien commence à caresser et à frapper doucement les demi- calebasses qui lui font face et qui baignent dans de l'eau. De temps en temps, il fera même couler l'eau d'une calebasse à l'autre. Ses gestes simples deviendront harmonie… Envoûtement sonore et visuel relayé par les micros et l'écho choisi que sait produire l'ordinateur. Nature et art.
La première impression physique et mentale du spectateur est d'entrer dans un monde autre, élémentaire, composite aussi c'est-à-dire fait d'éléments divers. Eau et bois, son sans lumière. Musique fascinante, hypnotique, relaxante et qui suscite chez l'auditeur parisien une respiration plus lente, évoque une vie différente. Ce ralentissement va prendre une dimension davantage physique encore avec l'apparition à l'autre extrémité de la salle d'une jeune fille puis d'un jeune homme portant chacun une demi-calebasse comme il le ferait d'un Graal, c'est-à-dire avec respect, mais sans se départir de simplicité et de grâce. Que signifie cette procession, cet Eternel Retour, chaque demi-calebasse étant disposée à intervalle régulier au centre de la salle sur les tabourets de piano ? En même temps sont projetées sur le fronton central des images en couleurs de ces demi-calebasses et de leur intérieur de bois comme autant de sculptures abstraites, toutes différentes, toutes semblables. Le spectacle est à la fois simple et multiple. Aucune concession, aucune explication hors de petites phrases projetées :
Et toujours la musique d'eau et de bois, entrecoupée de silence - que les spectateurs mettent à profit pour applaudir, car le musicien par ses sourires et son sens de la cadence sait imprimer un côté festif à ce qui se prénte aussi comme une petite cérémonie. Et toujours la procession des deux jeunes porteurs vêtus de noir, elle ne faisant qu'esquisser que quelques signes de séduction discrets à son partenaire au torse nu et à la pilosité impressionnante… Petit à petit le spectateur comprend : n'y-a-t-il pas là comme une mise en scène des parts successives de don de soi qu'un couple doit apporter pour engendrer l'amour ? A la fin le jeune homme n'emporte-t-il pas la fille sur son dos ?… Chemin long, progressif, peut-être parfois difficile, voire effrayant, construction de soi et du monde jusqu'à ce que la vie prenne forme et que soient allumées de petites lumières dans les neuf demi-calebasses dont l'intérieur se composait de formes de plus en plus complexe. … Graal, disions-nous non plus mystique mais concret, réel, élémentaire2. La calebasse symbole solaire de fécondité a livré son simple secret dans la proximité bienveillante des êtres et du poème.
Nul éclat dans ce spectacle - le spectateur n'y est plus habitué qui se dit peut-être comme je me le suis dit à moi-même : "Oui, c'est cela, c'est de cette beauté, de cette discrétion, de ce sens du mystère et de la réflexion, de ses rythmes purs dont nous avons besoin".
Merci à Djamal, Stevie, Abdellatif, Olivier, Javier, et merci aussi, comme il a été dit pour finir, "à Trésor qui était à la lumière"!
Le lendemain, pour ne pas laisser refroidir l'événement, Stevie a envoyé ce courrier électronique à tous ses amis qui étaient présents :
Composite, comme un papillon éphémère s'est envolé bruler ses ailes au soleil !
Grande émotion pour moi, pour nous, qui avons vécu ça pleinement, sous le regards de pleins d'yeux ...
Salle comble, retour à la hauteur de nos espérances et déjà quelques retombées ... mais chut on en reparlera si il y a aboutissement(s) ...
Voilà ... les derniers noyaux, pour arriver à Neuf ... naissance !
Car s'il fallait que je vous explique et explicite toute la symbolique, scénographie de l'évènement ...
je vous parlerai de
gestation, de création, de mise en matière, d'objet, de rencontres, de réalisation, de procréation, de naissance, de symbiose, de minimalisme, de simplicité, de peu de mots, de sans parole, de communication par l'émotion épurée, de besoin d'être à soi, de savoir être à l'autre, de petits bonheurs, de ici et maintenant, de sans douleur, d'avancées, de sons et d'eau qui coule, de caresses et cosmos, d'un tout à tout ...
je vous parlerai
d'apaisement, de refus des souffrances, imposées ou que l'on se créer, de mains ouvertes, de soleil en rayons, de vent en délices, de peau et de grain de l'objet et du corps, du chiffre neuf et de l'évolution cellulaire, de sa présence, du regard posé dessus, de l'émotion suscitée, d'un bien-être vécu et ancré ...
Voilà merci à ceux qui en étaient, de leur présence active, de leurs regards déposés ... à ceux qui l'ont fait vivre du dedans (de moi) ou du dehors (pour moi) ...
Il semblerait que ce ne soit qu'un début ...